Geek, féminité et quête d’identité

Geek, féminité et quête d’identité

Depuis quelques semaines, je m’aperçois que je ne me reconnais plus. Pas dans le sens où une incroyable métamorphose m’amène à douter de mon reflet dans le miroir. Plutôt dans l’optique où je ne m’identifie plus aux mêmes choses qu’avant. Je compte développer tout ça plus tard notamment dans un article sur le girly (en préparation), mais je me suis construite en opposition aux autres. Je regardais les codes et les comportements autour de moi avant de décider si ça me semblait fait pour moi.

Trois t-shirts que j'affectionnais beaucoup et que je remets en question
Trois t-shirts que j’affectionnais beaucoup et que je remets en question


 

Une opposition assez forte au genre féminin et à tout ce qui s’y rapprochait me permettait de trouver ma place. Passé un certain âge, j’ai commencé à rejeter en bloc ce qui était féminin. Je ne m’y reconnaissais pas. Je trouvais que ça limitait beaucoup mes possibilités, et je ne percevais pas de ressemblance entre moi et mes petites camarades de collège que je trouvais plus cool, plus jolies, plus féminines. Comme je n’étais pas non plus un garçon manqué, je n’allais pas me construire non plus dans l’amour des cabanes dans les arbres (de toute façon je tombais facilement malade) et des jeux collectifs. Non, j’aimais plutôt le calme. Par chance, j’aimais beaucoup lire et je pouvais mettre la main sur les bandes dessinées de mon frère ou guetter le prochain livre passé par ma tante qui encourageait cette passion.

J’étais une petite fille portant des lunettes et extrêmement timide, la faute au cheveu sur la langue qui me faisait craindre les pires moqueries si je m’exprimais. Je ne me sentais pas jolie et je sentais que les goûts familiaux pour les vêtements correspondant à mon âge n’allaient pas faire de moi la coqueluche de mon collège. A l’époque je faisais tout naturellement partie du club lecture, qui éditait son journal de critiques chaque trimestre (et passait en premier à la cantine pour les réunions bimensuelles).

Indice : les gens populaires n’utilisent pas le mot « coqueluche ».

Dans cette continuité, je me suis raccrochée à une étiquette geek durant ma scolarité. C’était peu après l’émergence du terme en France et ça collait bien à la situation : soudain, on avait un terme pour définir les gens marginaux qui s’intéressaient aux mêmes choses que moi. J’y voyais enfin une étiquette pour les gens intéressés par la pop culture ou la culture jeune si on veut englober plus de choses. Au lycée, je me situais sous cette dénomination et ça me semblait logique. Je codais un peu sur ordinateur, j’aimais bien l’informatique de manière générale, je lisais beaucoup et surtout des littératures de l’imaginaire, je jouais à des jeux vidéos et parmi ceux-là des FPS … C’était un ensemble de codes dans lesquels je me sentais à l’aise. Etre geek, c’était enfin appartenir à un groupe, trouver ça cool de faire du jeu de rôle sur table et me dire que j’allais m’y mettre aussi, reconnaître immédiatement les gens avec qui je pourrais avoir des affinités. J’avais bien conscience que les psychologues pour ados évoquaient le besoin d’appartenir à un groupe et que j’étais peut-être bien en train de me lancer là-dedans, moi qui me targuait jusque-là d’être fière et indépendante.

Enfin je me targuais dans ma chambre, sur ma chaise d’ordinateur, entre deux grommellements. C’était pas une proclamation sur la place publique.

identité 3

Mes petits camarades et moi étions au temps des grandes interrogations stylistiques. J’en garde un bon souvenir : ce n’était pas bien esthétique mais toujours très personnel. Chacun cherchait à se développer en adéquation avec lui-même, à ce que son style reflète ses goûts. Autour de moi, des simili punk, gothique, baba-cool, fashionista. Tout comme j’étais une simili geek, les gens qui m’entouraient n’étaient pas unidimensionnels. Les camarades un peu punk / un peu métal (identifiables grâce à la forte présence de noir et les logos sur leurs vêtements) pouvaient s’intéresser à la cuisine. Les hippies (grandes fleurs, sarouels, bijoux « ethniques ») étaient capables de s’intéresser à la mode.

Le fait d’être adolescents poussait juste les adultes à se référer à des lieux communs sur la crise d’adolescence pour comprendre nos évolutions vestimentaires. De la même manière, on peut se référer à des clichés sur ce qu’aiment les hommes ou les femmes avec plus ou moins de second degré dans ces guides de pensée, même si la plupart du temps … C’est très décevant de ranger à tout prix un individu dans un groupe. Ca n’apporte pas grand-chose en termes d’analyse puisque c’est déjà trop vague.

Je me suis sentie m’épanouir au lycée, je faisais des choses qui me plaisaient, tournées vers la culture même si je ne vais pas travailler dans ce domaine. C’était super-cool de pouvoir m’intéresser à la philosophie, aux beaux-arts, à la littérature et qu’on m’encourage dans cette voix, qu’on me laisse assez libre pour faire des dossiers sur des sujets originaux. C’était d’autant plus facile que mes petits camarades de classe n’avaient jamais de jugement sur le style ou d’autres notions comme ça, sans dire qu’ils s’en fichaient, ça n’avait que très peu d’impact sur leur manière de percevoir une personne.

En arrivant en fac, je ne dirais pas que j’ai déchanté. Le lycée était une sorte de cocon confortable parce qu’il n’y avait plus d’enjeux : personne n’allait changer de style ou de goûts d’un coup d’un seul dans une année scolaire puisque nous reverrions les mêmes têtes et que ce serait ridicule. Alors qu’avec la faculté, où vous pouvez toujours découvrir une nouvelle tête à la bibliothèque ou dans un amphithéâtre, je pense que la tentation de se réinventer et d’essayer une nouvelle formule pour être cool est plus présente.

Ou en partiel. Très courant, ça, de découvrir des gens qu’on n’avait jamais vus dans l’amphithéâtre avant le Jour J.

lapin partiels nouveaux etudiants

Ces temps-ci, j’ai l’impression que mon petit côté marginal n’est ni une force ni une faiblesse. C’est juste une facette de ma personnalité, au même titre que j’ai peur du regard des autres ou que je suis en quête d’équilibre.

Je m’aperçois en fait que je ne me reconnais plus dans ces étiquettes. Je ne me reconnais plus comme étant uniquement la fille qui aime la sf/l’informatique/la pop culture ou la-fille-qui-écrit. C’était très confortable au lycée mais ça ne l’est plus. J’ai des amis qui s’intéressent à tout ça et qui correspondraient nettement mieux à un portrait robot là-dessus. Et mes études ? Je ne suis pas que passionnée par mon domaine (encore heureux, ce serait difficile en rencontrant de nouvelles personnes si je tenais ab-so-lu-ment à leur parler de la riante commune de Morsang-sur-Orge) donc je n’ai pas envie de me définir comme la-fille-qui-fait-telle-filière-à-la-fac. D’autant que j’en ai fait deux. Faut-il devenir une sorte de Dr Jekyll et Mister Hyde vestimentaire, alternant les capelines, rouge à lèvre prune et style preppy avec les chemises glissées sous un pull pour faire dépasser le col, les mocassins et les sacs à main nonchalamment au bout du bras ?

Au final, j’aurais maintenant l’impression d’usurper ces qualificatifs, ces étiquettes. Sur un diagramme-camembert, mon amour pour la littérature et certains trucs de geeks ne seraient pas les plus grosses sections. Si j’étais un personnage de rpg, on aurait équilibré mes stats tout partout, quoi.

identité 4

Mes centres d’intérêt en un fromage. On en rêvait.

Ce qui m’embête dans tout ça, c’est qu’en perdant ostensiblement une étiquette geek, de nouveaux clichés vont me tomber dessus. J’ai peur de passer une nana banale et inintéressante si j’explique que je m’intéresse à la mode et que je bouquine. Si j’aimais le cinéma, Games of thrones et disons les cupcakes, j’aurais aussi l’impression de ne pas être moi quand j’explique tout ça, parce que je me sentirais rattrapée par une vague de clichés et une vision très réductrice. De même, j’ai peur de passer la hippie écolo hipster de service si j’explique que je mange local et végétarien, que je m’habille surtout en friperies et que j’ai envie de coudre et customiser mes vêtements (bientôt sur vos écrans) (teasing de ouf). Parce que dans un cas comme dans l’autre, ce ne sera pas moi.

Maintenant, je ne vais pas me fendre d’un petit pamphlet expliquant que juger les autres sur leur apparence, c’est méchant. Je fais le constat de l’inadéquation de l’image que j’ai de moi et celle que j’ai pu renvoyer aux autres. C’est un work in progress, et j’espère le partager avec vous. Ca, et des tutos pour essayer de transformer mes t-shirts de geek en vêtements portables au quotidien.

Et si vous vous dites que votre apparence ne tient pas compte de qui vous êtes, que la couverture ne correspond pas au contenu, je vous laisse avec une photo du patient anglais / l’homme flambé, qui parle de Seconde Guerre Mondiale, Sahara, espionnage, reconstruction, convalescence.

l'homme flambé le patient anglais couverture

Ca saute pas aux yeux.

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7 réflexions sur “Geek, féminité et quête d’identité

    1. Hello !
      La star se porte bien.
      Je suis contente que l’article te parle. Si t’as envie de creuser le sujet ici ou dans un article (des fois que tu aies un blog aussi ?), n’hésite pas ! (:
      Et merci

      J'aime

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