Six petits périples pour l’été 1/2

Six petits périples pour l’été 1/2

Au début, j’avais vachement envie de vous parler d’épopées, de choses un peu grandioses et abracadabrantes. En fait, ça ne va pas être ça. Ou en tout cas pas seulement ça. Pour vous évader cet été, j’aimerais vous conseiller trois livres qui se distinguent par leurs qualités, leur genre, leur originalité (rien que ça).

Trois hommes dans un bateau (sans parler du chien)

Jerome. K Jerome

Comme une variante « jeunes adultes paresseux » de Riri, Fifi et Loulou, les trois protagonistes du livre s’entendent comme larrons en foire et aiment s’embarquer dans des projets irraisonnés. Tout se résout facilement dans l’univers Disney, mais ici tout s’arrange grâce à leur incroyable mauvaise foi.trois hommes dans un bateau (sans parler du chien)

Le narrateur, George et Harris décident de se détendre en allant flâner et haler sur la Tamise. Ils embarquent dans un bateau tout ce qui leur paraît nécessaire, au moyen de longues discussions et d’innombrables prises de bec. Les trois personnages disposent d’un nombre de points communs qui leur mène la vie dure : ils sont de mauvaise foi, assez incompétents et ont un poil dans la main. Pour ne rien arranger, Montmorency le chien du narrateur vient souvent perturber leur promenade.

(attention, hâler va parler de votre teint mais haler c’est pour haler un bateau. C’est la même chose si on fait un scrabble mais ça me paraissait pertinent de le dire quand même.)

Sur le concept, je n’étais pas hyper emballée par le bouquin. J’avais peur qu’il soit daté puisqu’il a été publié en 1889. Mais le style est très agréable. On navigue entre l’histoire de cette remontée de la Tamise par trois énergumènes à des réflexions sur la vie, l’existence, des anecdotes savamment racontées. L’auteur dispose d’un sens de la formulation qui provoque des éclats de rire en peu de mots. Choisir un extrait n’a pas été facile.

Ici, le narrateur et Harris discutent de l’absence de leur ami George. Harris en vient à se plaindre de leur situation.

[…] Il est à courir le guilledou, en réalité, et il nous laisse toute la besogne. Je vais débarquer, pour prendre un verre.

Je fis observer que nous étions à plusieurs milles de tout cabaret. Alors il battit la campagne à propos de la Tamise. A quoi servait-elle et fallait-il mourir de soif lorsqu’on était dessus ?

Il vaut toujours mieux laisser dire Harris quand il est dans cet état. Il se vide, à la longue, et se tient tranquille, ensuite. Je lui rappelai qu’il y avait dans le panier de l’extrait de limonade, et à l’avant du bateau une dame-jeanne contenant un gallon d’eau, et que les deux n’attendaient que d’être mélangés pour former une boisson saine et rafraîchissante.

Alors il s’emporta contre la limonade et « toutes ces drogues d’universités populaires » comme ils appelait, bières au gingembre, sirop de groseille, etc. Toutes, à son dire, engendraient la dyspepsie et étaient la perte du corps et de l’âme, et l’origine de la moitié des crimes commis en Angleterre.

(Par chance il ne connaissait pas les Mason Jar et les smoothies).

Le tour du monde en quatre-vingt jours

Jules Verne

J’assume totalement ce manque d’originalité. On parle de Jules Verne, là, quand même. Ce brave Jules qui avait prévu un plan très précis de ce roman pour créer une tension et dont les espérances ont été dépassées. Le tour du monde a été réalisé en quatre-vingt jours deux ans avant la publication du roman, et d’après l’article wikipédia, quelques années plus tard le record a été encore dépassé. Elisabeth Bisland et Nellie Bly l’auraient bouclé en 1889 en respectivement 73 et 72 jours.

Le pitch ? Phileas Fogg, mystérieux amateur de whist (un jeu anglais) vit réglé comme une horloge. Il prend la majorité de ses repas au sein du Reform Club réservé aux gentlemen. Il mène une vie routinière et semble être un homme assez ordinaire. Il remplace son ancien domestique par un français, Jean Passepartout.

le tour du monde en quatre vingt jours

Il s’engage avec calme et méthode dans un pari insensé à la lecture d’un article de journal. Le pari, vous le connaissez. L’enjeu, c’est la moitié de sa fortune. Quand au délai d’exécution … C’est ici et maintenant. Tout le roman raconte cette course folle contre la montre. La certitude de ce gentlemen anglais qu’il arrivera à l’heure au bon moment, ainsi qu’il l’a planifié, sans être spécialement en avance. Les questions financières ne le préoccupent pas durant son voyage, et la diplomation du gentlemen fait rêver (l’argent qu’il met au profit de son expédition aussi).

Le départ attire la passion des journaux. On parle de Phileas Fogg et de son pari, ses aventures sont relayées à travers le monde. C’est un live twitt sans technologie qu’on fait de son voyage.

Un tel comportement n’est pas sans attirer l’attention des services de la police britannique de Scotland Yard. En effet un vol à été commis. L’inspecteur Fix part à sa recherche, le talonnant dans tous ses changements de pays, et en se mordant les doigts de ne pas avoir déjà de mandat d’arrêt pour la prochaine destination. Sans ce mandat, impossible d’arrêter Fogg pour découvrir s’il est le cambrioleur de la banque d’Angleterre. Mais s’il l’obtient … Fogg sera un homme ruiné. Le pari n’est financièrement viable que s’il le réussit, sans quoi il aura perdu la moitié de sa fortune dans cet échec et l’autre dans les frais engagés. L’exactitude, la prévision l’emporte-t-elle toujours ?

Des personnages anthropomorphes, une géographie un peu exagérée et une bestiole mignonne.
Des personnages anthropomorphes, une géographie un peu exagérée et une bestiole mignonne. Le français Passepartout est à gauche de l’image, il est régulièrement tourné en ridicule pour mettre en avant le côté parfait du héros Phileas Fogg. Mais je suis sûre qu’on peut en faire un super jeu à boire à chaque petit bruitage ou chaque grosse ficelle scénaristique.

Le roman a vieilli, et il y a des passages qui feront lever les yeux au ciel. Pourquoi seulement un personnage féminin ? Les indiens d’Amérique doivent-ils être présentés comme des belligérants ? Passepartout picole-t-il en douce en bon franchouillard ? Et qu’est devenu cet éléphant, au juste ? Sous ses aspects datés, c’est une ode au progrès industriel, à la rapidité, à la confiance en la technique.

N’oubliez pas qu’avec les critères de l’époque (1872), la vitesse est largement assez mollassonne pour lire le roman en bullant tranquillement. Et en rêvant de cette impossible traversée Suez-Bombay, Yokohama-San Francisco.

Mange, Prie, Aime

Elisabeth Gilbert

Vous prendrez bien un petit quelque chose de plus moderne ? De surcroît avec un point de vue féminin ?

Mange, Prie, Aime raconte le voyage de la narratrice qui se définit comme « âgée d’une trentaine d’années, qui réchappe à peine du naufrage de son couple et d’un interminable divorce très éprouvant ». Le point de rupture intervient au moment où elle se rend compte qu’elle ne veut pas de la vie qui s’offre à elle, la poursuite logique du mariage qui s’accomplirait dans la parentalité. C’est ainsi qu’elle décide de partir et finit par opter pour un parcours dans trois pays : l’Italie, l’Inde, l’Indonésie. Chacun représente un des trois verbes du titre. Il sera question de sortir de sa zone de confort, faire du yoga, reprendre goût à la vie, faire confiance aux autres.

mange prie aime

Ai-je lu ce livre au mauvais moment ? Si je le relis à trente ans en quittant mon mec, sera-t-il une révélation ? Toujours est-il que j’en attendais beaucoup et que j’ai été désappointée. Une recherche sur des sites de critique m’a permis de constater que je n’étais pas folle. Il y a même une critique assassine sur Le monde (le solipsisme, c’est croire que votre point de vue à vous est le seul qui existe parce que si ça se trouve les autres peuvent très bien être doués d’aussi peu de sensibilité que les arbres). Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur l’auteure et son point de vue, une interview a été réalisée par l’express pour la sortie du film.

Ce qui m’a gênée dans le livre, c’est effectivement ce solipsisme. La narratrice Liz ne parle … que d’elle-même. Elle entreprend des changements en grande pompe puis me fait l’effet de tout abandonner. Le sorcier avec qui une nouvelle piste de découvertes sur elle s’ouvrait. Ou le végétarisme, testé pendant ses prières en Inde mais en gros elle ne va pas continuer ça longtemps (j’ai trouvé ça tellement énervant que rien que d’y penser, je dois pouvoir en péter d’agacement). Et puis Liz … Liz raconte toute l’histoire comme de la littérature un peu chick litt. Ce n’est pas méchant en soi, la chick lit. Pas plus que manger de la crème glacée. Mais la chick litt avec des clichés sexistes ou racistes, ça l’est. Un peu comme un abus de crème glacée qui vous laissera un sale goût en bouche et un poids sur le ventre.

J’aime bien mes jeunes collègues. Les filles sont des petits papillons virevoltants qui semblent bien plus jeunes que des Américaines de dix-huit ans, et les garçons, eux, sont des petits autocrates pénétrés de sérieux qui paraissent beaucoup plus mûrs que les américains du même âge.

Dans les temples, le silence est de rigueur, mais ce sont des adolescents, ça papote donc en permanence, tout le temps que nous sommes au travail. Mais ces bavardages ne sont pas que futiles.

Sur ce, je vais virevolter manger de la glace.

Restez hydratés, on se retrouve bientôt pour d’autres récits de voyage. Ce sera plus axé young adult, avec de l’aventure, des moyens de locomotion vachement cool et des monstres.

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7 réflexions sur “Six petits périples pour l’été 1/2

  1. Je n’ai lu que le deuxième roman, au collège, que j’avais bien aimé. Je suis intriguée depuis assez longtemps par Mange, Prie, Aime pour avoir envie de tenter l’aventure mais ton point de vue me met quand même bien en garde… Peut-être un emprunt plutôt qu’un achat du coup ?

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    1. Il me semble (mais ma mémoire est approximative là-dessus) qu’il y a des avis totalement fans et des avis totalement pas fans sur le livre. Donc peut-être qu’il vaut mieux l’emprunter en effet. J’ai d’autres livres feel good dans cette veine dont j’aimerai faire un article parce que la lecture m’a moins gênée.
      (merci de ton commentaire ! ♥)

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    1. C’était un calvaire de ne choisir qu’une scène. Celle du professeur de piano allemand a l’air très grave est top, et je ne peux la raconter à personne pour ne pas spoiler le livre (first world problem).
      Merci de ton commentaire !

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