Pourquoi j’ai adoré Crazy Ex Girlfriend

Pourquoi j’ai adoré Crazy Ex Girlfriend

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Rebecca Bunch a réussi. Avocate brillante en droit immobilier dans un grand cabinet New-Yorkais, on lui propose même une de devenir associée du cabinet. A part une vie sentimentale et affective, cette fille a tout ce dont on pourrait rêver (ce qui, en fait, ne fait pas tant que ça). Puisqu’on l’a persuadée que c’est à ce que le bonheur ressemble, Rebecca s’y accroche dur comme fer.

Et il suffit d’un peu pour qu’elle bascule. Parce que malgré sa carrière, sa confiance en elle, sa tchatche, tous les efforts entrepris pour en arriver là, Rebecca n’est pas heureuse. Elle a une relation difficile avec sa mère et elle est socialement isolée. Ce n’est pas ce à quoi le bonheur ressemble de prendre des médicaments pour son anxiété, d’avoir peur en permanence de faire les mauvais choix et de basculer, d’être dans une relation toxique avec sa famille.

Ce n’est pas du bonheur. Même si elle ne l’a jamais vraiment expérimenté, Rebecca a la maturité de comprendre que ça n’en est pas. Elle quitte tout ce qu’elle a construit sur un coup de tête : son travail, la ville où elle vit. Elle va tenter sa chance à l’autre bout du pays en pensant que peut-être cet endroit dont parle le garçon pour qui elle en pinçait quand elle était adolescente … peut-être cet endroit lui permettrait-il de s’approcher du bonheur

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… Ou au moins de monter sur un bretzel géant, ce qui est un premier pas prometteur.

Quête d’identité, quête du bonheur & amourettes

Première bonne chose : c’est une série sur la quête du bonheur. Bien sûr que Rebecca fait tout ça dans l’espoir de se mettre en couple avec ce garçon, sans parvenir à regarder la réalité en face et accepter cette impulsion. Bien sûr que l’intrigue sera très hétérocentrée et qu’on va trouver des ingrédients insupportables d’une série américaine  : l’histoire d’amour omniprésente, les triangles amoureux, la rivalité féminine … Mais ça n’en rend pas la quête du bonheur moins importante et moins bien traitée.

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J’aime bien l’idée d’utiliser des someecards, mais ça ne représente pas super bien et le second degré.

J’avais entendu parler de la série sur Madmoizelle et l’article expliquait que ce titre pariode le concept de la crazy ex girlfriend. La crazy ex girlfriend, c’est l’ex complètement folle en français. Le cliché de la fille qui est encore vraiment amoureuse, n’a aucun sens de la mesure. Elle traque son ex sur les réseaux sociaux et y pense en permanence, elle fait des plans pour le reconquérir … D’ordinaire, on ne s’attache pas à la crazy ex girlfriend, on rit d’elle. La série a trouvé un équilibre parfait. Bien sûr, on rigole de cet aspect chez Rebecca car la série est plutôt légère, mais on peut se prendre d’affection pour elle car les producteurs explorent aussi d’autres aspects.

C’est quelque chose que j’ai trouvé réussi dans cette série. Rebecca est souvent ridicule, elle nous fait ressentir de l’embarras pour elle. Ses réactions sont imprévisibles, elle empile les mensonges comme moi j’empile les feuilles de lasagnes quand je cuisine, elle se voile la face sur les raisons de son déménagement, tout gravite autour d’un homme qu’elle veut conquérir. Mais les autres personnages de la série sont eux aussi immatures, obsessionnels, un peu dérangés eux aussi. Ses réactions si enthousiastes qu’elles sont excessives rendent Rebecca amusante. Même si elle a de nombreux défauts, en grande partie l’égoïsme, elle est aussi bourrée de qualités.

Courage, technique de l’autruche & autopersuasion

Alors qu’il est évident qu’elle n’est pas très bien dans sa peau (il suffit de voir les premières minutes du premier épisode), elle n’a pas froid aux yeux et fait preuve de beaucoup de volonté pour accomplir son objectif. Elle est aussi vraiment compétente. J’avais peur que la quête du bonheur passe par la remise en cause professionnelle mais ce n’est pas le cas. Rebecca est un modèle de réussite professionnelle. Elle est compétente. Elle sait négocier. Elle est capable de s’imposer professionnellement (alors qu’en amour, elle s’efface encore totalement). Ca m’a fait tellement plaisir de voir ça (la partie professionnelle, pas la relation totalement inégale). J’ai ressenti une immense bouffée de joie de voir un personnage féminin n’avoir pas besoin d’apprendre encore dans son travail, comme avec Mindy Lahiri dans The Mindy Project.

Les problèmes avec lesquels Rebecca se bat sont divers mais parleront à beaucoup de monde. L’affection qu’elle porte à Josh, son amour de jeunesse, n’est finalement qu’un prétexte pour la série. Elle nous montre que Rebecca est mal à l’aise socialement, qu’elle se cherche, qu’elle expérimente, qu’elle doit faire face à ses problèmes avec sa mère, ses problèmes d’estime d’elle-même et qu’elle est tout simplement différente (ce qui n’est pas un mal). Et même si Rebecca est un personnage qui théâtralise ses émotions et vit tout de manière extrême, les angoisses et les névroses qu’elle éprouve peuvent parler à beaucoup de monde.

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Le moment pas très bon pour l’ego où on transpire au cours de sport sans réussir à réaliser l’exercice ou atteindre le but recherché.

Le terme anglais de struggle, ou le mot français « englué » mettent assez bien le doigt sur cette lutte intérieure. Tant que l’héroïne n’aura pas réglé certains de ses problèmes, elle prendra le risque d’obtenir un résultat qu’elle ne veut pas. Pour approcher de son objectif, Rebecca opte souvent pour des choix immoraux. Elle est égoïste, elle ment. Une fois le mensonge commencé, elle est souvent obligée de rajouter quelque chose. Sa quête du bonheur doit-elle passer par des actes dont elle n’est pas fière ? Est-ce qu’elle doit écouter ses intuitions ou suivre ses principes ?

Aborder un sujet grave par l’humour

La série se concentre sur les névroses, soit. Mais elle le fait avec énormément d’humour. Les autres personnages sont eux aussi à côté de la plaque. Paula, l’assistante juridique du cabinet est assez obsessionnelle. [Spoiler premier épisode] C’est une quinquagénaire qui s’ennuie dans sa vie de couple et sa vie de famille et lit des romans pour ados (dont … Twilight). Elle se prend de passion pour l’histoire d’amour tra-gi-que de Josh et Rebecca et utilise toute son ingéniosité pour fomenter des plans machiavéliques afin de les réunir. Elle se jette dans n’importe quel plan boiteux s’il y a une chance de les rapprocher. [Fin du spoiler premier épisode]

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Le physique de Paula n’est jamais utilisé comme un ressort comique. C’est une femme très intelligente, compétente, coquette. On sent bien que l’attachement qu’elle porte à Rebecca n’est pas juste amical, qu’elle a des sentiments maternels. Mine de rien, avoir cette relation d’amitié – d’amour familial entre deux femmes, c’est quelque chose d’encore très rare dans une série.

Je pourrais aussi parler de Mme Hernandez, la responsable de communication qui ne se prononce pas un mot pendant la série (mais s’exprimera quand même), de Darryl le patron socialement à côté de la plaque, de White-Josh l’ami de Josh qui semble être un sportif creux et sans intérêt, de la mère control freak de Rebecca … J’aurais beaucoup de choses à dire sur les personnages, mais c’est réellement le duo Paula-Rebecca qui m’a émue. Du rire aux pincements au coeur devant cette amitié pas toujours saine qui ressemble à une bombe à retardement comme on le verra aux derniers épisodes de la série.

Et en musique, tant qu’à faire

La série a un ressort utilisé dans beaucoup d’épisodes et qui m’a fait trépigner devant mon écran : les petites chansons intercalées comme dans une comédie musicale. Elles font penser aux apartés de théâtre : le personnage s’adresse seul au public pour exposer ses sentiments. Pour ces moments, la production joue la carte de l’exagération comique. Les chansons sont grandiloquentes, l’humour touche souvent juste. Pour autant, elles abordent des sujets plus sérieux. La dévalorisation de soi-même (You Stupid Bitch), le sexisme (the Sexy Ready Song) … je peux donner ces deux titres sans trop spoiler mais ce ne sont pas les seules chansons qui aborderont ces thèmes avec justesse et humour.

Ce n’est pas si révolutionnaire d’introduire des chansons pour que les personnages expriment leurs sentiments, mais ce procédé a fait mouche. Ces moments très théâtraux correspondent au final très bien au caractère de Rebecca et sa manière de présenter les choses. Les musiques sont entraînantes, les acteurs cohérents même si le moment est surjoué. De manière générale, un casting plus varié que ce qu’on voit d’habitude, une série qui parle du sexisme, du racisme, de la biphobie en plus de traiter des problèmes de confiance en soi, ça peut vraiment avoir un bon potentiel.

 

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Une super illustration de Beth Morrell.

Après avoir enchaîné assez rapidement les 18 épisodes d’une quarantaine de minutes et passé beaucoup trop de temps à chanter les chansons, j’ai commencé à regarder la série une deuxième fois. Coup de coeur total, donc.

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7 réflexions sur “Pourquoi j’ai adoré Crazy Ex Girlfriend

    1. J’espère qu’elle te plaira ! Je l’ai trouvée assez rafraîchissante, sans faire l’impasse sur pas mal de choses (la confiance en soi, le girl hate, le racisme, le sexisme) qui sont moins légères que le triangle amoureux.

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  1. J’étais persuadée jusque-là que ce titre renvoyait à un film, j’ai appris un truc donc 🙂
    Je ne connais pas du tout, mais ton article me rend curieuse. En plus, je commence à manquer de nouveautés, on entre dans la période creuse des séries et à part Preacher et l’inévitable Game of Thrones, j’ai pas grand-chose à me mettre sous la dent en ce moment.

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    1. J’évite l’inévitable Game of Thrones car j’ai quatre saisons de retard et lu beaucoup trop de spoilers (j’aime bien tes critiques justement, je devrais peut-être me laisser le temps d’oublier mais je crois que je préfère bingewatcher une série finie après avoir oublié les rebondissements dont tout le monde a parlé)
      Est-ce que tu conseilles Preacher à quelqu’un qui ne s’y connaît pas en comics ? Le pitch a l’air sympa et me rappelle un peu un épisode de X files

      Aimé par 1 personne

      1. Pour l’instant, le premier épisode de Preacher ne m’a pas emballé plus que ça mais l’ensemble est quand même suffisamment dense pour que j’ai envie de voir la suite. Disons que ce n’est pas spécialement un départ en fanfare comme pourrait l’être un épisode de … Game of Thrones.
        Je ne sais pas si tu as regardé des séries Netflix, en particulier Jessica Jones, Daredevil ou Sense8, mais c’est un peu le même problème : le premier épisode titille, mais sans jamais vraiment exciter non plus… Difficile de se prononcer pour l’instant donc 🙂

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  2. J’aime beaucoup ta description de la série, très juste.
    J’ai aussi beaucoup aimé cette série, c’est d’ailleurs mon coup de cœur de l’année, c’est certain.
    Comme toi, je chante constamment le générique (enfin j’essaye, il est trop rapide pour moi). J’adore chanter « I have friend » ou alors « Sexy French depression » =D
    Maintenant que j’ai trouvé LE show qui m’a éclaté, je ne sais pas quoi regarder, c’est malin !

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    1. Je n’ai pas trouvé autre chose dans ce genre pour le moment. L’humour de How I met your mother ou The big bang theory me laisse assez froide. J’aime bien Two Broke Girls qui est dans un format plus court, mais l’histoire n’évolue plus.
      Voilà pour les séries humoristiques. Pour les séries qui allient humour et fond, j’ai encore moins d’idées !

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